Du grain au geste : une année à relier
On peut-tu sauter les feux d’artifice cette année et juste allumer une chandelle?
Parce que si vous êtes comme moi, vous terminez décembre avec une couette de cheveux vaguement attachée, un café froid, et un agenda déjà rempli de rêves et de post-its en forme de cœur. Vous faites le bilan. Vous vous demandez comment vous tenez encore debout après des poussées dentaires (encore et encore), les marchés, les nuits blanches… et malgré tout, y’a une étincelle d’enthousiasme pour la suite.
Voici donc ma réflexion de fin d’année. Un bilan doux, un peu drôle, un peu profond, très fatigué — mais sincère.
Bilan de la première année (à peu près)
Le plus surprenant ? C’est que je l’ai vraiment fait.
J’ai lancé une entreprise pendant mon congé parental, sans aucune garantie que qui que ce soit se soucie d’articles de papeterie écoresponsables, reliés à la main, sans colle (oui oui, JAMAIS de colle).
Et pourtant, les gens s’en sont souciés. Certain.e.s m’ont dit que mes produits les ont aidé.e.s à ralentir. D’autres ont parlé de mon kiosque comme d’un petit sanctuaire poétique. Un client m’a regardée droit dans les yeux et a dit : « On voit que tu fais pas les choses à moitié. »
Effectivement. Je perce les coins de mes cahiers à la rondeuse manuelle à minuit, en regardant Dawson’s Creek, tout en murmurant des prières vers le moniteur pour ne pas réveiller Rosalie avec le bruit du punch. Je ne fais rien à moitié.
J’ai appris beaucoup, cette année :
Que l’écoresponsabilité est un sport extrême dans le monde du papier.
Que mes client.e.s sont tout aussi intenses que moi quand il est question de grammage, de texture, de reliure.
Qu’on peut être fière, terrifiée, exténuée et enthousiaste en même temps.
J’ai redécouvert l’embossage (gros coup de cœur).
J’ai apprivoisé l’impression sur papier ensemencé (ce papier boit l’encre comme s’il sortait du désert).
Et j’ai recommencé à croire que les petits gestes lents peuvent changer les choses.
Ce que cette année m’a appris
Ce n’était pas juste une première année d’affaires — c’était une saison entière de transformation.
J’ai découvert que je suis plus polyvalente que je pensais. Que je peux être maman, artisane, entrepreneure et humaine dans la même journée (parfois avant 9 h du matin). Que c’est fragile, mais puissant, de mettre quelque chose de vraiment personnel dans le monde… et d’être reçue avec bienveillance.
La maternité m’a rendue plus douce. L’entrepreneuriat m’a rendue plus solide.
Et ensemble, ces deux-là ont fait de moi une version de moi-même que j’apprends encore à connaître — et que j’aime bien.
Le vrai succès, c’est pas juste de vendre des carnets. C’est :
une personne qui m’écrit pour me dire qu’elle aime enfin planifier sa semaine grâce à mon agenda;
une cliente qui pleure doucement en remplissant Matrescence;
ou un visiteur qui découvre Maison Lente et soupire en murmurant : « J’avais besoin de ça. »
Et puis il y a ce moment bouleversant : mon amie Colette — avec qui j’allais choisir des cahiers à chaque rentrée universitaire chez Nota Bene — qui est venue à mon kiosque pour m’acheter un carnet. À moi. Une boucle qui se referme. Une émotion qui m’a prise à la gorge.
En 2026, on espère
L’année qui s’en vient? Elle promet — peut-être.
Je dis peut-être, parce que c’est une entreprise lente. Mon bébé grandit, mes mains sont toujours pleines (de craquelins, de retailles de papier, de stylos). Voici donc ma liste de souhaits pour 2026 — fragile, ouverte, sans pression :
Collaborations personnalisées avec des gens inspirants
Nouveautés pour le printemps et la fête des Mères : blocs-notes, cartes, ensembles de papier ensemencé, un cahier de planification sur la maternité
Plus tard dans l’année : un carnet introspectif sur le deuil, agenda 2027, cartes de rituels saisonniers, peut-être des autocollants (si je trouve une option éthique)
Explorations créatives : impression artisanale, embossage, événements communautaires peut-être
Marchés artisanaux où les gens touchent le papier comme s’il était sacré (et franchement, il l’est un peu)
Mon mot de l’année : équilibre
Créer une entreprise lente dans un monde qui court, c’est… particulier.
Tout le monde aime l’idée du slow-living — jusqu’à ce qu’il faille patienter trois jours pour une livraison ou accepter de réfléchir avant d’acheter. Mais je tiens bon. Je veux que Writuals reste aligné avec mes valeurs. Rosalie passe toujours en premier. Et je veux que ce projet reste joyeux, créatif, enrichissant.
Cette année, j’ai laissé aller des idées trop rigides, des projets trop hâtifs, et des autocollants qui n’étaient pas écolos. J’ai gardé ce qui compte : l’intégrité, l’intention, la création lente, les petites joies. Et le papier doux, toujours.
Dernière pensée
Si vous lisez ces lignes, merci. De voir ce que j’essaie de bâtir. D’en faire partie. De croire en des choses lentes et vraies.
J’espère que quelque chose que je crée vous apporte un peu de clarté, de tendresse ou de paix.
Et j’espère que vous entrerez dans 2026 comme on entre dans une nouvelle saison :
Avec curiosité. Avec douceur.
Et avec un crayon qui glisse bien.
—
Avec des fils de broderie dans les cheveux et de l’espoir dans ma boîte de réception,
Sarah
Fondatrice, Atelier scriptural Writuals