Pourquoi regardons-nous encore le ciel?
J'ai passé une quantité franchement embarrassante de temps à regarder le ciel pour quelqu'un qui a également la réputation de s'enfarger dans ses propres pattes (ou qui a toujours un petit nuage noire qui la suit - comme dirait mon père).
Je ne dis pas ça métaphoriquement. Il y a quelques années, j'ai réussi à me déchirer un ligament, me fouler deux chevilles et deux orteils dans une série d'événements qui démontre clairement que mon sens de l'orientation et moi entretenons une relation compliquée. Et pourtant. J'ai toujours regardé vers le haut.
Enfant, je pouvais passer des heures à observer les nuages. Plus tard, les étoiles. J'ai même déjà organisé des portions entières de voyages autour de réserves de ciel étoilé simplement parce que je voulais voir davantage d'étoiles. J'aime autant planifier mes vacances autour des restaurants que du ciel nocturne. Les deux me semblent d'excellentes raisons de traverser un pays. D'ailleurs, mention spéciale à Queenstown, en Nouvelle-Zélande, qui détient encore aujourd'hui le titre très prestigieux de plus belle Voie lactée que j'aie vue de toute ma vie.
Certains collectionnent les aimants de frigo. Moi, je collectionne les souvenirs de ciel.
À l'approche du solstice d'été, un autre phénomène bien connu se produit chez moi. Je commence à développer des opinions étonnamment fortes sur des sujets qui concernent normalement très peu de gens.
La durée du jour.
Les couchers de soleil.
Les constellations.
Les équinoxes.
Les fleurs comestibles (à l'heure où j'écris ces lignes, je suis toujours incapable de déterminer quelles fleurs méritent l'honneur suprême d'être emprisonnées dans les glaçons de mon thé glacé maison. Les grands enjeux de notre époque.)
Il y a aussi eu l'anniversaire de Rosalie.
Deux ans.
DEUX ANS !
J'ai passé les derniers jours à regarder une enfant de deux ans et à essayer de comprendre comment nous sommes passés de « petite patate particulièrement exigeante » ou « petit bonhomme pas de cou » à une petite personne qui négocie les collations comme une avocate chevronnée.
Je ne sais pas si le temps accélère quand on devient parent ou si l'on devient simplement plus conscient de sa vitesse. Dans tous les cas, je n'apprécie pas particulièrement l'expérience.
Son anniversaire tombe toujours juste avant le solstice. Et chaque année, les deux événements se mélangent dans ma tête. Ils me donnent exactement la même impression. Celle d'être arrivée quelque part sans avoir vu le voyage passer.
Je crois que c'est pour ça que j'aime autant les repères saisonniers. Pas parce qu'ils sont mystiques. Pas parce qu'ils sont tendance. Et certainement pas parce qu'ils règlent quoi que ce soit.
J'aime les solstices parce qu'ils me forcent à lever la tête. À sortir quelques minutes du petit théâtre de ma vie quotidienne. À constater qu'une autre saison est déjà arrivée. Que le monde poursuit sa route. Que le soleil continue son travail. Que quelque part, les monarques migrent, les jardins explosent de verdure et les bernaches font leurs affaires de bernaches sans se préoccuper le moins du monde de mes listes de tâches.
C'est étrangement réconfortant.
Plus je vieillis, moins le temps me semble être une ligne droite. Je le vis davantage comme une roue. Une roue qui tourne constamment, que nous le remarquions ou non.
Le retour des longues soirées.
Le retour des pivoines.
Le retour des tomates beaucoup trop ambitieuses dans les jardins.
Le retour des moustiques dont personne n'avait demandé le retour.
Le retour de certaines questions.
Le retour de certaines versions de nous-mêmes.
Certaines choses disparaissent. D'autres reviennent.
En travaillant sur le prochain Éphéméride, je me surprends souvent à remplir mes carnets de références célestes.
Des étoiles.
Des phases lunaires.
Des soleils de solstice.
Des cartes anciennes.
Des constellations.
Manifestement, je suis simplement en train de devenir une version de moi-même qui possède davantage de livres sur les almanachs. Je l'accepte.
Le ciel finit toujours par se glisser dans mon travail. Comme il finit toujours par se glisser dans ma vie.
Cette année, le solstice me trouvera en train de guérir d'une chirurgie. Pas de danse autour d'un feu. (Womp womp.) Mais peut-être que ce n'est pas une mauvaise chose. Parce que si je suis honnête, j'ai rarement autant réfléchi au temps que lorsque mon propre rythme est brusquement ralenti.
Le temps du soleil.
Le temps de la lune.
Le temps des saisons.
Le temps qu'il faut pour guérir.
Le temps qu'il faut pour grandir.
Le temps qu'il faut pour devenir la personne qu'on est en train de devenir.
Nous passons beaucoup de temps à essayer de gérer le temps. À l'optimiser. À le gagner. À le sauver. Comme s'il s'agissait d'une ressource que nous pouvions ranger dans un tiroir pour plus tard. Puis quelque chose arrive et nous rappelle que le temps n'appartient à personne. Il continue.
Le soleil poursuit sa course.
La lune poursuit la sienne.
Les saisons tournent.
Les marées montent et redescendent.
Et nous avons simplement la chance de participer à tout cela pendant un moment.
Je pense souvent à cette idée lorsque je regarde le ciel. À la façon dont nous nous rencontrons tous au milieu de ces cycles.
Nous.
Les arbres.
Les pollinisateurs.
Les rivières.
Les bernaches.
Les pivoines.
La terre sous nos pieds.
L'eau qui nous traverse.
Le ciel au-dessus de nos têtes.
Nous ne vivons pas séparément de tout cela. Nous faisons partie de la même histoire. Nous avons simplement tendance à l'oublier entre deux rendez-vous et une brassée de lavage. Le solstice me semble être une excellente occasion de m'en souvenir.
Alors si vous avez envie de marquer le solstice cette année, prenez un livret, votre Éphéméride ou un bloc-notes.
Levez les yeux. Puis écrivez.
Qu'est-ce qui mérite d'être célébré alors que vous avez complètement oublié de le célébrer sur le moment?
Quelle petite victoire a été éclipsée par la prochaine chose sur votre liste?
Qu'est-ce qui pousse actuellement dans votre vie? Une amitié? Une idée? Un projet? Un enfant qui est soudainement devenu une petite personne avec des opinions?
Qu'est-ce qui vous réchauffe le cœur ces temps-ci?
Et qu'est-ce qui vous donne plutôt envie de vous évaporer dans les bois jusqu'en septembre?
Quelle flamme aimeriez-vous nourrir cet été? Et laquelle mérite peut-être d'être laissée tranquille avant qu'elle ne transforme votre horaire en feu de forêt?
De quoi êtes-vous profondément reconnaissant aujourd'hui?
Qui a rendu votre année plus lumineuse?
Qu'avez-vous envie de célébrer avant que les jours recommencent tranquillement à raccourcir?
Faites aussi la liste des choses dont vous voulez vous souvenir. Le goût de la première crème glacée mangée dehors. Une soirée qui s'est étirée beaucoup plus tard que prévu. Les pivoines. Une baignade. Une conversation autour d'un feu. Une chanson qui vous suivra tout l'été. Quelque chose de parfaitement ordinaire dont vous savez déjà que vous serez nostalgique dans trois ans.
Faites l'inventaire de votre saison.
Après tout, le soleil atteint lui aussi son point culminant avant de poursuivre sa route. Pourquoi pas nous?
Je pense que nous regardons encore le ciel parce qu'il est l'un des derniers endroits où le temps existe sans nous. Personne ne regarde un coucher de soleil pour optimiser quoi que ce soit. Personne ne contemple la Voie lactée pour améliorer ses performances au prochain trimestre. Personne ne s'émerveille devant une pivoine en fleur pour augmenter sa productivité. Heureusement.
Nous avons déjà suffisamment d'endroits dans nos vies qui nous demandent de produire, performer, accélérer, optimiser et rentabiliser. Le ciel, lui, ne demande rien. Il est simplement là.
Immense. Ancien. Fidèle au poste.
Et surtout, il nous rappelle que notre temps n'est qu'une petite partie d'un temps beaucoup plus vaste.
Le temps des marées. Le temps des saisons. Le temps qu'il faut à une pivoine pour fleurir. Le temps qu'il faut à un enfant pour passer du statut de petite patate particulièrement exigeante à celui de petite personne avec des opinions très arrêtées sur les collations.
Nous passons tellement de temps à essayer de gérer le temps que nous oublions parfois que nous vivons à l'intérieur de lui. Nous ne le possédons pas. Nous l'habitons. Comme nous habitons cette terre. Cette eau. Ce ciel. Nous partageons tous les mêmes cycles. Les mêmes saisons. Les mêmes astres. Les mêmes retours.
Le soleil atteindra bientôt son point culminant. Puis recommencera doucement sa descente. Les bernaches reviendront. Les pivoines refleuriront. Rosalie aura trois ans avant que je sois prête. Et moi, je serai probablement encore quelque part à regarder les nuages en oubliant de regarder où je marche.
Certaines choses ne changent jamais.
Avec un verre de thé glacé rempli de glaçons fleuris
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Sarah
Atelier scriptural Writuals